⌘ Le garde-champêtre verbalise la procession...
Sout-Kholsky: Début XX°: Le monde touvain
Autrefois, en 1881 et cela depuis la nuit des temps, le coq de Rennes-le-Château, grinçait et tournait aux quatre vents, regardait les processions religieuses consacrées à Saint-Marc, aussi appelée procession des Rogations - ou les horizons de la commune et paroisse. Le garde-champêtre et son chien gravissaient le talus pour laisser libre chemin à la procession.
Soufflant sur les paisibles habitants, quelque diable cornu gagna les élections municipales et installa un conseil sans foi ou respect pour les habitants, ne se souciant du curé, du coq, de Saint-Marc et ses processions comme d’une guigne.
Le premier décret municipal fut d'interdire les manifestations extérieures du culte et il consigna la bannière brodée de Saint-Marc à rester adossée contre un pilier.
Le curé de la Paroisse, homme solide et de fort caractère, malgré l'arrêté municipal luciférien, décida de lancer la sainte procession le jour célébrant Saint-Marc. La procession de 1881 fut magnifique ; elle est restée dans les mémoires !
D'habitude toujours bien courtois les années précédentes, le garde-champêtre et son chien - un beau chien épagneul, se rabattaient sur le talus pour libérer le chemin et laisser passage au suisse, au curé et prêtres, ainsi qu'à tous les fidèles célébrant la mémoire de Saint Marc, l'évangéliste.
En cette belle journée du 25 avril 1881, la cloche de Rennes-le-Château avait sonné tout ce que le printemps met de parfums et de soleil dans cette belle paroisse. Les paroissiens s'étaient mis en branle précédés du suisse, du curé, de ses aides et enfants de chœur portant le dais. Cette année 1881, le maître d'école avait refusé de chanter comme il le faisait habituellement: le diabolique maire et son sulfureux conseil lui avait formellement interdit de chanter sous peine de renvoi immédiat. Pour l'occasion, un chantre était donc spécialement venu de Carcassonne et sa belle voix remplaçait avantageusement l'habituelle voix nasillante de l'instituteur.
En ce 25 avril 1881, toute la commune avait rejoint la procession, sauf le maire et son conseil, l'instituteur et sa femme, ainsi que le garde-champêtre pour cause de service.
En haut du clocher, le coq de Rennes-le-Château, observateur assidu des horizons, tournait aux vents et grinçait à chaque mouvement comme à son habitude. Parfois, au gré de sa girouette, il regardait les fumées bleutées s'élevant de Carcassonne ; parfois, il se tournait vers les toits du village et écoutait le murmure des habitants. La nuit, son grincement rassurait les rennains: le coq surveillait la nuit et les lueurs éclairant les fenêtres.
En ce jour de procession, le coq assistait à la procession, regardant ailleurs à l'occasion. Ce brave coq voyait les fidèles suivre les méandres des chemins lacérant les coteaux. Il voyait les habitants parés de leurs plus beaux vêtements, les fillettes habillées de blanc, le dais brodé, la masse des paysans et leurs familles qui formaient longue colone tranchant la verdure ; sous ses pattes, la cloche cotinuait à tinter...
La cloche était connue de tous les environs et son tintement cristallin trouait les airs avec clarté et vivacité.
⤇ C’est la cloche de Rennes-le-Château disaient les paysans des villages voisins.
En ce jour de procession, fière et courageuse, la cloche lançait ses tintements dont le son courait de loin en loin, soutenus de l’air pur et se couchant sur les herbes folles de la plaine pour rappeler aux fidèles, agenouillés entre les haies sous l’ostensoir d’or étoilé d’une hostie, qu’ils ne formaient qu’un même peuple n’ayant qu’un seul Dieu, un seul curé et une seule cloche, la cloche de Rennes-le-Château.
Le vent jouait parfois les galopins et, au détour d'un chemin gonflait busquement la bannière. Le jeune homme la portant faisait rude effort pour qu'elle ne se couche sous la rafale ; et les jeunes filles, tenant les cordons, venaient à son secours pour étayer le mât avec souriante et charmante charité.
Alors que l'âge d'or, en ces temps où le curé pouvait prier pour la pluie quand besoin, en ces temps où l'Homme fraternisait avec les saints, les saintes et les anges, en ces temps où la procession voyait toujours les habitants du monde ouranien attroupés dans le ciel d'azur pour admirer les belles processions de Rennes-le-Château, cette année, par contre, une ombre maléfique planait au-dessus de la procession: le satanique maire et ses diablotins du conseil municipal avaient œuvré à nuisance et ordonné au garde-champêtre de stopper le suisse et tous ceux qui marcheraient derrière lui...
L'homme au bicorne et grosse moustache connaissait tous les chemins et, devoir obligeant, s'embusqua au détour d'un bosquet, près d'un sentier encaissé et bien caché par les frondaisons. Il entendait les chants au lointain ; ils se rapprochaient régulièrement aux chants, prières et louanges.
Suivant immédiatement le dais - ils voulaient être aux premières loges, les opposants au maire et quelques femmes de trempe échangeaient de petits sourires complices en se réjouissant d'enfoncer et humilier le conseil municipal.
Des martinets et des hirondelles voletaient, rappelant que le printemps était bien là ; moult paroissiens y voyaient belle journée pour taquiner le maire...
La procession arriva enfin dans un sentier encaissé quand soudain, sortant comme un diable de sa boite, notre moustachu garde-champêtre se précipita sur le chemin, main levé et intima à tous de rebrousser chemin sur ordre de Monsieur le Maire. Sa plaque de cuivre, astiquée du matin, brillait au soleil, il restait ferme devant le suisse et, ce, malgré son joyeux épagneul jappant ou sautant gaiement au cou des processionnaires et bousculant les petites filles portant corbeilles de fleurs.
Le garde se retrouva vite entouré par les paroissiens. Certains lui auraient volontiers asséné beaux horions et coups de bâton ; sans doute pour régler quelques différents de chasse. Les femmes levaient les bras au ciel et parlaient de sacrilège. Le curé, devenu blanc, foudroyait le pandore municipal d'un regard rappelant le Jugmenet Dernier. Les oiseaux s'étaient envolés et le coq du clocher regardait ailleurs ; sans doute le vent ayant tourné...
Le brave messier, obéissant aux ordres infernaux du maire, verbalisa tout le monde, du plus ancien au plus jeune ; un poupon au sein.
Amende reçue, la procession continua son chemin et, le maire et ses conseillers s'en arrachant les cheveux, passa par tous les chemins, les rues, les ruelles et même par des sentes oubliées de tous. Comme il était pratiqué, le curé bénit les champs et les moissons à venir, les prés et les forêts, les animaux sauvages, domestiques et toutes formes de vies en appelant la protection divine sur tous et toutes.
Bien sûr, dans une ruelle du village, le maire et son conseil tentant de faire obstruction, furent aspergés à grands moulinets d'eau bénite. Cette eau bénie de Dieu eut bel effet sur les élus qui quittèrent les lieux prestement la mine piteuse...
Nous savons que le maire, pas encore remis des douleurs liées au contact de l'eau lustrale, envoya les procès-verbaux au procureur de Limoux en se plaignant d'avoir eu sentiment de cracher en l'air à cause du religieux. Il est dit que le procureur ne donna suite à ce dossier...
L'anecdote nous rapporte aussi que les deux hommes se réconcilièrent et trouvèrent bonne entente si ce n'est complicité. L'un accepta de mettre du vin dans son eau et l'autre ajouta de l'eau dans son vin.
Plus tard - peut-être devant un verre, le maire confessa même au prêtre qu'il avait été bien mal avisé de dresser procès-verbal au Bon Dieu ; ce à quoi le prêtre s'engagea à être moins vigoureux envers le conseil municipal et venir discuter en Mairie avant de lancer ses paroissiens à l'assaut des chemins rennains...
Depuis ce temps, la cloche continue de piquer les heures, l'Église et l'État ont organisé laïcité, les jours passent dans la charmante commune et paroisse de Rennes-le-Château...
⤇ Cette anecdote est, certes, un peu romancée et le maire de l'époque, Jean Tisseyre, nettement moins anticlérical que présenté ici. L'Église, clocher, presbytère et dépendances étant biens communaux, il se chargera de l'entretien et fera agrandir le presbytère. Le curé de l'époque était l'abbé Mocquin qui, pour raisons de santé, sera nommé à Montseret en 1884. Il précède l'abbé Bérenger Saunière, célèbre curé qui arrive en 1885. Jean Tisseyre était propriétaire à Rennes-le-Château.