⌘ Bountour an Dourdu - Le pousseur de la Dourdu
Autrefois...
Il y a très très longtemps...
En vérité, c'était hier...
La Dourdu - l'eau noire, devenue cette mal nommée Dourduff. Baie étroite, elle fut refuge des corsaires bretons et voit récifs et écueils parsemer ses fonds troublés. Pour éviter le naufrage et les eaux mystérieuses, les pêcheurs font large détour et longent les falaises. Quand soufflent les vents du nord-ouest, ils s'engouffrent dans le Dourdu et font périlleuses navigations.
En ces lieux troublés, un sombre manoir, le Maner Dourdu - Manoir de la Dourdu élevait sa noire silhouette, donnant à ces lieux bien charmants une allure glaçante en journée, effrayante à la nuit et, surtout, tel un fantôme, terrifiante par les jours de tempêtes.
Autrefois, bien avant cette histoire, alors que les ventes torturaient méchamment la mer, un marin fit naufrage sur l'îlot depuis appelé An Enez du - l'île noire. Mort en état de péché, âme en peine, il errait depuis les temps reculés sur les grèves et les rochers, passant par l'île où fut élevé le Kastell an Tarv - Fort du Taureau, il rejoignait l'An Enez wenn - l'île blanche, arpentait An Enez Tereg - île Sterec, survolait instantanément les flots jusqu'à Beg Lemm puis, d'un bond spectral, arrivait sur Ar Rikard Vraz avant de rôder sur les autres ilôts de la baie dite Baie de Morlaix.
Cette âme en peine, lors de ses errances nocturnes, inspectait les eaux sombres de ses yeux absents et poussait des sifflements si horribles que les plus téméraires et courageux en voyait poils hérissés. Ce lémure breton était, avant naufrage, capitaine d'une belle nef bretonne bien chargée et débordante de Lurs, cette livre bretonne qui fit la richesse du pays avant que la Bretagne ne soit déglutie par le Royaume de France.
Le spectre cherchait son trésor ; sa cécité le lui cachait...
Les siècles passaient...
Notre revenant cherchait...
◎ Le Maner Doudu et son seigneur
Le Maner Dourdu - Manoir de la Dourdu était bien piètre et imaginer tours somptueuses ou belles tapisseries serait grande songerie. Le manoir offrait néanmoins belle vue par beau temps, mais terrible spectacle quand les bourrasques et éléments se déchaînaient. On y voyait récifs et baie, rochers et grèves, horizons ou rivages de Carantec et Roscoff.
Le Sieur de Dourduff, en ses temps de jeunesse, fut beau seigneur et preux chevalier mais, comme pour tous, l'usure du temps agissant, notre brave sire était devenu vieillard bien chenu et rêvait de marier sa fille unique avant de partir vers l'Anaon, ce pays d'au-delà des mers, ce pays où le temps n'est plus et la jeunesse éternelle.
Notre brave homme avait une fille unique, qui, comme il se doit, était d'une beauté remarquable et de généreuse intelligence. Elle avait de beaux et profonds yeux bleus, le cheveu brun, brillant et taille délicate. Elle était aussi ambitieuse et de grande fierté : elle s'appelait Brigit ; comme s'appelit la déesse Brigit, fille de Dagda et règnant sur les arts, la guerre, la magie et la médecine. Père attentionné, il pesait le cœur des prétendants de sa fille et, ne soupesant pas leur bourse, conseillait à la jeune fille de ne poursuivre des songes dorés remplis de périls pour son âme. De même, il lui conseillait de privilégier un homme craignant Dieu et ayant belle Foi ; les autres qualités ne pouvant qu'en être conséquence.
Brigit avait autres souhaits. Elle avait entendu parler des fêtes et tournois à la cour du Duc de Bretagne, des chevaliers, des paladins bardés de fer et d’or ; Brigit rêvait couronne de duchesse sur son beau front.

Le naufrage
Regardant les goélands marins, les goélands bruns, les pétrels fulmars ou non, les mouettes rieuses, sternes caugek ou pierregarin et les fous-de-bassan, elle leurs demandaient de porter le renom de sa beauté en espérant quelque prince d'Hibernie ou de Cambrie...